Le voyage de Sophie - 소피와 수진사이

Documentaire, 68 minutes, coréalisé avec Choi Yun-Jung, produit par Les Films de l'Etranger - 2010

La petite coréenne Soo-Jin a grandi sous le prénom proche de Sophie dans un village du sud-ouest de la France, après son adoption à l'âge de six ans. En 2009, vingt-deux ans plus tard, elle retrouve la trace de son père Chang-Ho et décide d'aller rendre visite à sa famille biologique de Séoul. Le film raconte les attentes de Sophie, les émotions des retrouvailles, les distances qui se sont installées - l'au-delà des désirs et des regrets.

réalisation, image & son : Choi Yun-Jung et Gabriel Laurent

montage : Choi Yun-Jung, Gabriel Laurent & Gisèle Rapp-Meichler

musique : Mathias Durand et Maï Mismetti

montage son & mixage : Edouard Morin

étalonnage : Lucie Brunneteau

 

production : Choi Yun-Jung, Gabriel Laurent & Philippe Avril

diffusion : EBS Television (Corée du Sud, nov. 2010)

avec le soutien de l'Agence Culturelle d'Alsace, l'aide aux projets jeunes de la région Rhône-Alpes, de la ville de Meylan, de l'Université de Strasbourg et le dispositif Cultures Actions du CROUS Strasbourg


Sélections : DMZ Docs 2010, Seoul Independant Documentary Film Festival 2011, Festival Pekny Metraz 2010

Article de Paek Kun-Young, paru dans la revue du Seoul Independant Film Festival

 

 « Un regard délicatement affirmé »
 
Le voyage de Sophie retrace les états d'âme de Sophie, qui, après avoir été adoptée par une famille française à l'âge de six ans, est venue passer une quinzaine de jours dans sa famille biologique en Corée. En évitant tout sentimentalisme, les réalisateurs montrent comment les écarts creusés par trente ans de séparation sont difficiles à combler.
 
Les réactions des familles Françaises et Coréennes pendant les préparatifs du voyage laissent d’emblée présager du choc culturel qui attend Sophie en Corée. Alors qu’elle entreprend ce voyage pour "comprendre le passé et aller de l’avant", sa famille de Séoul n’a qu’une idée en tête : se faire pardonner de l’avoir abandonnée. Le décalage s’amplifie au fil du séjour et relègue les problèmes de communication, de compréhension ou de différences culturelles au second plan.
 
Si la caméra filme avec un certain lyrisme la vie de Sophie en France, elle fait bien ressurgir la tristesse profonde qui imprègne la Corée. Cette rupture évidente n'entraîne pourtant pas de gêne quelconque pour le spectateur, et ceci s'explique par les choix de mise en scène des réalisateurs, qui filment avec justesse et sobriété, sans chercher à tout contextualiser. Et c'est ce qui fait la grande différence entre Le voyage de Sophie et d'autres documentaires sur le retour d’enfants adoptés. Ici, on ne fait pas dans le voyeurisme, on ne verse pas de larmes inutiles. Ce film témoigne du fait qu’un voyage peut constituer en soi un petit pas vers l'avenir et la reconstruction. Les propos que tient Sophie en sont la preuve : elle ne souffre pas des histoires douloureuses qu’elle entend sur son passé en Corée, puisqu'en France, elle a des attaches solides et une famille qui l’a élevée.
 
En faisant le choix judicieux de montrer très clairement que ni la patrie, ni le peuple, ni le sang, ne peuvent prémunir d’un déracinement, les réalisateurs révèlent une grande différence de sensibilité entre la France et la Corée : la conception de l’identité n'est pas la même dans ces deux pays. Et contrairement à l’idée qu’on a largement cherché à véhiculer dans la société coréenne, la patrie est bien la terre sur laquelle on a grandi et pas seulement celle sur laquelle on est né.